Ne pas parler japonais au Japon : ce qui pose problème, et ce qui n'en pose aucun
Ce qui pose vraiment problème quand on ne parle pas japonais, ce qui n'en pose aucun, et les outils qui fonctionnent sur place.
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Carnet
En 2019, je suis venu au Japon pour la première fois. Je ne parlais pas japonais. Je ne parlais pas anglais non plus — et je ne le parle toujours pas.
Ce que j’ai appris en 2019
Ce voyage m’a appris une chose que je n’ai jamais oubliée : quand un Japonais décide de vous aider, il fait l’effort de comprendre. Il ne hausse pas les épaules, il ne s’agace pas. Il cherche, il mime, il sort son téléphone, il demande à un collègue.
J’ai logé chez une grand-mère japonaise, dans un petit village. Nous n’avions aucune langue en commun — pas un mot. Et nous discutions au moins une heure par jour. Avec les mains, avec le visage, avec des dessins, avec des objets qu’on se montrait.
Une heure par jour. Sans langue commune.
La barrière de la langue n’est pas un frein à la communication si vous avez envie de communiquer. Et aujourd’hui, avec les traducteurs et les intelligences artificielles dans la poche, c’est encore plus vrai qu’à l’époque.
Ce qui ne pose aucun problème
Se déplacer. Dans les grandes villes et sur les grandes lignes, tout est doublé en alphabet latin : noms de gares, plans, panneaux de quai. Les stations portent en plus un code lettre-chiffre — G09, JY03 — qui permet de se repérer sans lire un seul caractère japonais. Les distributeurs de billets ont un bouton pour changer de langue, et les cartes rechargeables type Suica suppriment carrément l’étape du guichet.
Personnellement, j’utilise Google Maps au quotidien, y compris pour les trains. Il donne les horaires, les quais, les correspondances.
Retirer de l’argent. Les distributeurs proposent l’anglais, et souvent le français. C’est l’une des rares démarches où vous serez guidé dans votre langue.
Acheter. Les konbini fonctionnent au scan. On prend, on présente, on paie. Le personnel pose deux ou trois questions rituelles auxquelles un hochement de tête suffit.
Manger. Beaucoup de restaurants utilisent des machines à tickets. D’autres exposent des reproductions en plastique des plats en vitrine — il suffit de sortir et de montrer. Ce n’est pas impoli, c’est fait pour ça.
À retenir
Dans une grande ville, vous pouvez manger trois fois par jour pendant deux semaines sans jamais construire une phrase.

Là où ça se complique
- En dehors des grandes villes. Petite gare, restaurant de quartier, menu manuscrit au mur, aucune photo, aucun anglais. C’est là que la différence se fait — et c’est précisément là que se trouvent les plus beaux endroits.
- Le téléphone. Réserver un restaurant, appeler un ryokan, joindre un service d’objets trouvés. Sans les gestes, sans l’écran, sans le contexte visuel, tout s’effondre.
- Les imprévus. Train supprimé, correspondance annulée, bagage perdu. Les annonces exceptionnelles sont souvent faites en japonais uniquement — et ce sont justement les moments où il faudrait comprendre vite.
- La santé. Décrire un symptôme, comprendre une posologie, signaler une allergie. C’est le moment où l’à-peu-près devient risqué.
Un mot sur l’anglais, justement. Tout le monde ne le parle pas, loin de là — mais il y a quand même des gens qui se débrouillent. À Tōkyō, dans un taxi ou une pharmacie, ça passe de temps en temps. Ne comptez pas dessus, mais ne partez pas non plus du principe que personne ne comprendra.
Les outils qui marchent vraiment
L’intelligence artificielle plutôt que le traducteur classique. C’est le conseil que je donne le plus souvent aujourd’hui.
Google Traduction traduit mot à mot, et sur du japonais ça donne régulièrement des résultats trompeurs. Une IA à qui vous prenez le menu en photo, en lui précisant où vous êtes et ce que vous cherchez, fait tout autre chose : elle traduit, mais surtout elle explique.
Un exemple concret
Vous tombez sur « okonomiyaki ». Un traducteur vous rend un mot incompréhensible. Une IA vous répond que c’est une sorte d’omelette épaisse au chou, garnie selon la région. C’est ça, l’information dont vous avez besoin devant un menu.
VoiceTra, pour l’oral. Application gratuite développée par le NICT, l’institut public japonais des télécommunications, disponible en français. Son intérêt : elle retraduit votre phrase vers votre langue pour que vous vérifiiez ce qui a été dit. Sa limite : elle ne gère bien que les phrases courtes.
Un dernier réflexe : faites-vous écrire l’adresse de votre hôtel en japonais, et gardez-la en photo dans votre téléphone. C’est la solution à la moitié des problèmes de taxi.

Le minimum vital
Vous n’avez pas besoin d’apprendre le japonais. Une poignée de mots suffit, et ils portent bien plus loin qu’on ne l’imagine.
- こんにちはkonnichiwaBonjour. Le plus simple, et il ouvre toutes les portes.
- すみませんsumimasenExcusez-moi / pardon / s’il vous plaît. Le mot le plus utile de la langue. Il sert à appeler un serveur, à s’excuser, à demander de l’aide.
- これkoreÇa, ceci. À dire en pointant du doigt — mais jamais tout seul, ça sonne brusque.
- お願いしますonegaishimasuS’il vous plaît. Le mot qui rend tout poli. これをお願いします (kore o onegaishimasu) : « ceci, s’il vous plaît ».
- おすすめosusumeLa recommandation. Ce que la maison conseille. Avec la formule de politesse : おすすめをお願いします (osusume o onegaishimasu). C’est le mot qui vous fera manger autre chose que ce que mangent tous les touristes.
- ありがとうございますarigatō gozaimasuMerci, dans sa version polie.
- わかりませんwakarimasenJe ne comprends pas. Dit avec le sourire, il déclenche presque toujours une aide.
- 道に迷いましたmichi ni mayoimashitaJe me suis perdu. Celui-là débloque des situations entières.
- 〜はどこですか~ wa doko desu kaOù est ~ ? À compléter : ホテル (hoteru, l’hôtel), トイレ (toire, les toilettes), 駅 (eki, la gare), レストラン (resutoran, le restaurant).
À retenir
Ces quelques mots, plus un téléphone, couvrent l’écrasante majorité des situations d’un voyage.
Ce que j’en retiens
On peut parfaitement voyager au Japon sans parler un mot de japonais. Je l’ai fait, des millions de gens le font chaque année, et les grandes villes sont conçues pour ça.
Ce que la langue vous coûte, ce n’est pas le confort — c’est la profondeur. Ce sont les échanges qu’on ne peut pas avoir, les recommandations qu’un patron de restaurant ne peut pas vous faire, l’histoire du lieu que personne ne vous racontera. Vous verrez le Japon ; vous ne l’entendrez pas.
C’est exactement là que je sers à quelque chose : je peux vous faire interagir avec les Japonais.
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Une question sur votre voyage ? J’attends votre message. Matane !
